Ou je parle devant un par terre de gynécologues de ce qui se passe quand on sort de leur cabinet. Ce texte et les images sont ceux que j’ai lu lors de la présentation au congrès « fausses Couches à répétition » du 12 mai 2023
Bonjour,
Je m’appelle Mathilde Lemiesle. Je suis autrice de bd, j’ai un compte INSTAGRAM qui s’appelle Mes presques riens. J’y parle principalement de fc du 1 trimestre, et je suis ici pour vous parler d’un livre autobiographique que j’ai dessiné, qui s’appelle mes presques riens.
Il y a 8 ans, presque jour pour jour, j’ai pris un cachet de cytotec, pour évacuer ma grossesse arrêtée. C’était ma première grossesse, et je n’imaginais pas qu’une telle chose pourrait m’arriver, et surtout, que c’était si fréquent. Bien sur j’avais entendu, de loin, parler voir chuchoter a ce sujet… Mais sans en savoir rien…
Ce dimanche, donc, j’ai passé l’après midi entre mon lit avec une bouillotte et les toilettes. Plié en deux par les contractions, je me vidais de mon sang en essayant de me rappeler ce qu’avait dit ma gyneco, à combien de serviettes j’en étais quand j’avais changé la dernière fois, comment elle était remplis? C’est ça une hémorragie? Ou est ce que c’est normal? Est ce que c’était fini?
Non, ça ne l’était pas, à un moment, je l’ai senti passer. Ça a glissé hors de moi. C’était gros.
Est ce que c’était ça? Mon pas encore un vrai bébé? Mon amas de cellules? Mes juste des grosses règles? Comme on me l’a répéter… et répéter et répéter
J’ai regardé dans les toilettes. Oui, c’était ça. J’ai plongé ma main dans la cuvette et je l’ai tenu dans ma paume. Cette petite chose sanguinolente ne ressemblait à rien et était toute emballé, je la voyais en transparence. C’était lui. Je ne savais pas quoi en faire, alors je l’ai remis dans la cuvette et j’ai tiré la chasse sans un mot.
Encore aujourd’hui je me demande pourquoi. Pourquoi je ne l’ai pas mis dans une boite et enterré, ou construit un mini radeau avec des branches et des fleurs, posé sur l’eau…
Tout me semblait si irréel. Je ne m’attendais pas à voir ça. Ça m’a énormément choqué. J’ai d’ailleurs perdu connaissance juste après.
Un mois plus tard, nous avons déménagé et je pense très souvent à ces toilettes, à cette eau où est parti mon premier presque rien, en même temps qu’une partie de moi.
Je retombe enceinte quelques mois plus tard. A peine le temps de faire mes 2 prises de sang que je me mets à saigner, beaucoup. C‘est les vacances, et on fait un tour au urgences ou on me confirme que c’est bien fini.
Je ne comprends pas.
Pourquoi moi? Je me demande qu’est ce que j’ai fait de mal? J’ai cherché partout, des témoignage, des articles, des récits, des romans, des thèses, même, qui parleraient de ca. J’en ai trouvé, des thèses surtout, qui expliquaient d’un point de vue médicale ce que je vivais, qui nourrissaient mon besoin très fort de comprendre ce qui se passait dans mon corps.
Mais pas grand chose sur ce que je ressentais. Il y a peu de récits autour de cette perte. Et souvent qd j’en trouvais, dans la fiction, c’était un sujet anecdotique.
Je ne me reconnaissais pas là dedans. Pour moi ça avait été un tel bouleversement! Ca n’avait rien d’anecdotique.
Cette solitude a été une des chose les plus difficiles à vivre.
Je manquais de témoignages, d’échanges, de partage. J’avais tellement de question! Comment être sereine pour les grossesses suivantes? Comment y croire encore? Comment calmer cette peur? Et si ça ne marche jamais?
C’est avec toute ces questions en tête que Je découvre ma grossesse le cycle suivant, C’est la troisième.
Une première échographie, avec un coeur qui bat nous donne confiance, me fait croire que les fc sont derrière nous. A l’échographie suivante, plus d’activité cardiaque. Comme la 1ERE, je n’ai eu aucun signes avant coureur. Cette fois ci, je refuse de prendre le cytotec, et je passe la journée a l’hôpital pour une aspiration.
Cette grossesse arrêtée a vraiment était une étape. J’ai sombré. 3 fausses couches en 10 mois, je n’en peux plus, autant physiquement que mentalement. Je débordais. C’en était trop.
Il fallait que sortent de moi la douleur, la solitude, l’incompréhension, la culpabilité, la colère, le sentiment d’injustice que je ressentais.
C’est à ce moment que j’ai vraiment commencer à dessiner ce que je vivais. C’était un moyen de sortir de moi tout ces sentiments. C’était comme une urgences. J’ai remplie des feuilles et des feuilles, des carnets, de dessin et de texte.
Avec le recul, je pense que c’est une des choses qui m’a permis de ne pas sombrer complètement. Ça et ma psy.
Et c’est aussi à ce moment que je recherche un groupe de parole, et que j’en trouve un. J’y rencontre Clara, et ça va tout changer. Je ne suis plus vraiment seule.
Suite à cette 3 eme grossesse arrêtée, nous nous dirigeons vers une gynécologue spécialisée en infertilité, et nous commençons les examens, qui ne détectent rien d’anormale. Ce qui est rassurant, mais aussi angoissant. Comment envisager une nouvelle grossesse dans ces conditions?
Je retombe enceinte, avec un traitement empirique, au cas ou, à base de progestérone et aspegic bébé.
Toutes les deux semaines, j’ai rdv chez ma gyneco pour une échographie de contrôle, et juste avant l’écho du 1 er trimestre, c’est fini. Aucun signe avant coureur, encore, ce qui me donne l’impression que mon corps fait les choses sans moi, sans me prévenir, dans son coin, en m’excluant.
Je m’accroche comme je peux pour ne pas sombrer. C’est dur.
Les gyneco spécialisés que je rencontre me disent de continuer, que ça finira par marcher, que créer un être humain est compliqué, et qu’ils ne savent pas tout.
Je comprends, j’entends, mais ça n’enlève pas la colère que je ressens.
Je ne peux pas rester les bras croisés. Je me sens seule et démunie. Abandonnée par mon propre corps. On me parle d’une docteur en médecine chinoise, je vais la voir. On verra bien. J’ai besoin de me sentir actrice, je suis terrifiée à l’idée que ça recommence, et anéantie à l’idée de n’être jamais maman. Voir dans mon entourage des femmes enceintes et des nouveaux nés est très très dur à supporter. Je m’écroule à chaque nouvelle annonce de grossesse.
6 mois après ma 4eme fc, et ma deuxième aspiration, je retombe enceinte, et j’attends. Pas de test, pas de prise de sang, pas besoin. Pas de traitement empirique cette fois, je n’en veux pas. Il avait prouvé son inefficacité. Je passe les 1eres semaines dans un état de stress énorme (heureusement je vois ma psy régulièrement et je dessine, tous les jours, comme un journal intime, mon quotidien).
Mon stress est augmenté par la fatigue et les nausées que je subi, mais qui en même temps me rassurent. Quand parfois elles s’arrêtent, je suis encore plus stressée, si c’est possible.
Je ne me projette pas, ou juste dans le moyen d’évacuation que je choisirais cette fois ci.
Je vis cette grossesse un jour à la fois. Littéralement. Le temps est comme suspendu, entre les rdv, les échos, heureusement fréquentes …
Je me protège à défaut de me projeter.
Ne pas trop espérer, au cas ou. Ma psy me conseille d’écrire à ce futur bébé, cet embryon, de lui laisser une place, une chance.
Alors je lui écris une lettre.
Chose incroyable, j’arrive à l’écho du 1 er trimestre. Et Il est vivant. Et nous, on a tellement ri. Enfin.
Il aura fallut près de 6 mois et les premiers mouvements ressentis pour que la phrase « je suis enceinte » ne sonne à mes oreilles ni comme une imposture, ni comme un mauvais présage. C’est à ce moment là, juste après l’écho du 2eme trimestre, qu’on l’annonce officiellement, à nos familles, à mon travail.
Et il faudrait encore attendre plusieurs semaines avant qu’on ose acheter un petit vêtement… puis une poussette, un berceau etc…
Passé ce stress, J’ai adoré être enceinte, et porté ma fille, la sentir bougé, sentir mon corps changé, voir mon ventre s’arrondit. ça m’a réconcilié avec ce corps que j’avais tant haï. Ca m’a redonné confiance en moi aussi.
Ma fille est née un soir de septembre 2017. Et c’est le début d’une autre histoire.
C’est très émouvant et important pour moi d’être ici, devant vous, gynécologue principalement et de vous raconter mes 5 grossesses, dont 4 se sont arrêtées… Je n’ai rien oublié.
A chaque fois, ça a été un petit deuil à faire, d’un bébé rêvé, d’une vie a 3, de moi enceinte, puis de moi en maman, d’une famille avec mon conjoint…
C’est un deuil solitaire, et difficile a partager. Comment faire le deuil de qqn qui n’a pas vécu? Qui n’a pas d’existence réelle? C’est une perte sans cérémonie, sans tombe, et la plupart du temps, sans corps.
Rien. Il n’en reste rien, et même le mot utilisé pour le décrire évoque la négation : fausse couche. Pas une vrai grossesse. Comme s’il ne s’était rien passé. Comme si ce que je ressentais alors n’était pas réel.
Tout est vrai, dans une fausse couche. Le sang, la douleur, la perte, la grossesse, et surtout ce vide intersidéral, juste après.
Moi, je n’étais pas préparée à la violence de ce que j’ai vécu. Autant physique qu’émotionnelle. Je n’étais pas préparé, car absolument pas informé. De plus, les informations que l’on m’a donné sur le moment ont été minimisé, autant par mes médecins que par mon entourage, que par la société. On me répétait que c’était rien, que ca arrive a toute les femmes, que ce n’etait même pas un bébé, juste un amas de cellules, et que ca ferait comme des grosses règles… Comme si je n’avais même pas été enceinte, en faite. Comme si mon corps n’avait pas commencé à fabriquer un bébé, comme s’il n’était pas plein d’hormones, de sang, d’endomètre, et d’un embryon. Comme si une grossesse existait seulement si elle aboutit a un bébé. Comme si mon je ne l’avais pas deja imaginé, ce bebe.
Cette minimisation de mon vécu était en décalage complet avec ce que je vivais. mon corps à la masse, et mes émotions exacerbées (descente hormonale ?) cette absence d’information n’a fait qu’accentué la solitude et l’incompréhension.
Et ces sentiment ont été moteur et le sont encore aujourd’hui, dans mon envie d’informer et de changer l’accompagnement sur le sujet de la grossesse arrêtée.
Depuis que j’ai créé mon compte Instagram, qui a plus de 26 k d’abonnés, je reçois régulièrement des témoignages de femmes qui me racontent leur vécu, spontanément.
Ça a été pour moi autant un soulagement (je n’étais pas seule, finalement, et ce que je vivais été normal, ce que je ressentais aussi) qu’une révélation (si on est autant, pourquoi ce silence?!)
Au delà de mon propre vécu, c’est l’histoire de toutes ces autres que j’ai envie de transmettre aujourd’hui. Par le biais de témoignages courts, je tente de donner à voir ce que c’est que vivre une fausse couche en France actuellement: endometriose, geu, oeuf claire, grossesse molaire, synéchie… mais aussi impact que celle ci peut avoir sur le travail, l’entourage, la famille, le corps, la vie sexuelle… sur la grossesse d’après, s’il y en a une… parce qu’on a besoin de se reconnaitre pour guérir, pour avancer, pour comprendre…
Via mon compte instagram, et grâce aux récits que je reçois, j’essaie aussi de réfléchir plus largement a la fausse couche, a comment elle est vécu, à comment mieux la vivre, qu’est ce que j’aurais aimé avoir moi, qd je l’ai vécu. Qu’e’st ce qui m’a manqué et plus largement je me questionne sur la grossesse arrêtée, son histoire, son impact dans la société, sur la culture, les médias… dans l’art, par exemple…
On ne peut pas supprimer les grossesse arrêtée, sauf cas particuliers, la plupart sont un phénomène naturel qui élimine un embryon défectueux, cassé. Mais on peut, et on doit changer l’accompagnement, pour ne pas oublier la femme qui la vie, le corps qui traverse cette perte.
En tant que soignants, vous êtes les premiers a intervenir. Je suis intimement convaincu que vous pouvez faire la différence dans le chemin de guérison de ces femmes, de ces couples. De par vos mots, vos attitudes, votre considération.
J’ai dédicacé mon livre a ma gynécologue, ma sage femme et tous les soignantes qui m’ont accompagné durant ces presque 3 ans. Car elles ont été là pour moi, présentes, importantes et compréhensives et que ça a fait toute la différence dans mon parcours, et aussi dans le parcours des femmes, des couples que j’ai pu rencontrer.
Si vous voulez regarder le congrès, vous pouvez visionner le replay ici.